🗺 Le chemin parcouru

Mon itinéraire s’est concentré principalement au nord de la France, avec un petit passage en Ecosse, pour étudier le numérique sur Eigg, une île de 120 habitants, complètement autonome en énergie. A Nantes, Simon m’a présenté Translucide, un CMS pour concevoir des sites sobres et ultra léger et j’ai découvert l’asso PiNG qui rend le numérique responsable accessible à tous et toutes. A Angers, on a parlé de Linux et de l’Open Source avec Sean et Jean. A Concarneau, Guénolé m’a présenté le Low-Tech lab, et quels numériques low-tech sont utilisés sur le Nomade des mers. A Rennes, j’ai rencontré Clément et Sébastien : on a discuté du LFPC, un laboratoire au sein de l’INSA Rennes pour créer de nouvelles générations d’ingénieurs engagés dans le numérique. A Rouen, Doralie m’a parlé de l’INR et de ce qu’elles et ils mettent en place au sein de la métropole de Rouen pour un numérique responsable. A Paris, Margaux m’en a appris plus sur Latitudes, une asso qui forme aux enjeux du numérique du collège au monde professionnel et j’ ai discuté Numériques Essentiels, et sobriété avec Alexis. A Strasbourg, Geoffrey m’a expliqué les liens entre politique et numérique et l’intérêt du numérique pour l’engagement citoyen.

Mon premier objectif, donc, était d’aller rencontrer des personnes qui portent des projets de numérique essentiel, discuter avec elles et eux de “qu’est-ce qu’un numérique essentiel” et étudier des cas concrets où un numérique essentiel est mis en place.

 

Mon numérique pendant le projet

Le deuxième objectif, c’était de tester moi-même un numérique plus “essentiel”. J’habitais un espace contraint en place, un fourgon, alimenté en énergie par un panneau solaire. Je suis partie en mai-juin et il a fait globalement très beau. Je n’ai jamais manqué d’énergie, aussi parce que mes usages en demandaient très peu : j’ai choisi ma glacière électrique pour être économe, je pouvais recharger mon téléphone portable en roulant, mon ordinateur tirait peu sur la batterie, et la conso de ma lampe à led était complètement insignifiante. Sur la route, mais aussi lors de mon tour à Eigg en Ecosse, j’ai très rapidement compris que le numérique essentiel n’est pas tant une question d’économie d’énergie lors de l’utilisation de nos terminaux que de limitation de l’impact à la fabrication. Selon le rapport de l’ADEME-Arcep de janvier 2025, “C’est la phase de fabrication qui concentre la majorité des impacts environnementaux. Elle représente 60 % de l’empreinte carbone et la phase d’utilisation 40 %”. Donc, l’enjeu principal pour limiter l’impact environnemental du numérique, c’est avant tout de faire en sorte de garder le plus longtemps possible nos appareils.

Que ce soit par les applications et logiciels utilisés que par mes usages en tant que tels, j’ai essayé durant mon voyage d’utiliser un numérique plus sobre et robuste.

 

Mes appareils numériques utilisés

En terme d’appareils, j’ai utilisé mes appareils quotidiens :

  • 📱 Un smartphone Sony Xperia de 2018 de seconde main avec un Lineage OS, un système d’exploitation open source basé sur Android. C’est un smartphone assez vieux (8 ans) qui fonctionne encore très bien, mais avec quelques limites : il ne capte pas toujours très bien le réseau, parfois il se fige et il faut que j’éteigne l’écran et le rallume pour le réanimer. Je n’ai pas les services Google Play, ce qui fait que certaines applications ne peuvent pas fonctionner dessus, je m’en sens très peu limitée dans mes usages.

  • 💻 Un ordinateur portable Lenovo core I7 de 2021 récupéré en seconde main aussi, sous Windows 10. C’est un ordinateur puissant, peut-être même plus que nécessaire pour mes usages. Il a cependant un problème de batterie : la batterie initiale étant foutue, j’ai voulu la remplacer mais je ne pouvais pas en acheter une officielle Lenovo (le site ne marchait pas) et ai donc acheté une batterie de série que l’ordinateur reconnaît 1 fois sur 3. Les 2 autres fois, je suis donc obligée de brancher mon ordinateur jusqu’à ce qu’il daigne enfin la reconnaître… J’avais retrouvé dans mes affaires un chargeur en 12V, très utile pour brancher l’ordinateur sur la prise allume-cigare de ma batterie. Un objectif futur est d’installer Linux dessus, notamment pour ne plus être dépendante des mises à jours forcées de Windows, à commencer par Windows 11 qui ne peut pas être installé sur mon ordi…

  • 🔉 Une enceinte JBL Flip3 SE achetée neuve en 2021 et 🎧 un casque Sony acheté neuf il y a un an. Il n’y a pas grand chose à dire là-dessus, je n’aurais pas pu faire ce voyage sans musique, et la qualité du son de mon téléphone est vraiment médiocre. C’est une question d’exigence personnelle 😉

Pour accéder à Internet, j’avais un forfait 4G de 5Go et j’utilisais le wifi des café où je me posais pour travailler. Sur les deux mois, je n’ai jamais été limitée dans mes besoins de connexion. Pour éviter de trop tirer sur mon forfait 4G, j’ai vite mis en place certaines stratégies :

  • Assez logiquement, mettre mes appareils en hors-connexion par défaut et activer les données uniquement lorsque j’en ai la nécessité
  • Favoriser l’utilisation de mon portable plutôt que faire des partages de connexion avec mon ordinateur qui consomme plus de données
  • Paramétrer mes applications pour qu’elles consomment moins de données : désactiver l’utilisation de données en arrière-plan, activer le mode “Economiseur de données”, désactiver le téléchargement par défaut de fichiers (images, vidéos, sons) et des mises à jour
  • Privilégier les applications qui ne demandent pas de connexion pour fonctionner et celles légères qui consomment peu
  • Télécharger en amont mes cartes, musiques, vidéos…

Pour limiter la consommation de mes appareils, j’avais aussi mes techniques :

  • Tout bêtement, remplacer certains de mes usages par des usages qui ne demandent pas de numérique : carnet et crayon, demander ma route aux gens, livres, imprimer ou recopier ce dont j’ai besoin en amont…
  • Ne pas trop utiliser ma 4G en utilisant mes stratégies citées plus haut et favoriser l’utilisation du wifi notamment dans les cafés
  • Utiliser des applications légères qui consomment peu

Car bien sûr, j’ai essayé d’utiliser au maximum des applications et logiciels qui soient légers, open source et répondent au mieux à mes besoins.

 

Les applications utilisées

 

💾 Pour télécharger et mettre à jour mes applications et logiciels :

Sur mon ordinateur, je suis reliée au serveur wapt de la famille, géré par mon père. Je peux installer les logiciels que je souhaite qui sont accessibles depuis le self-service Wapt, ceux-ci sont mis à jour automatiquement à l’extinction de mon ordinateur, tout comme sont faites les mises à jour de Windows, elles aussi gérées par Wapt. J’ai parlé de ce service dans cet article, notamment car Tranquil IT, l’entreprise qui développe Wapt a sponsorisé une partie de mon projet.

Pour les autres logiciels qui ne seraient pas dans le self-service Wapt, je les télécharge directement depuis le site officiel du logiciel. La plupart des logiciels indiquent quand une mise à jour doit être effectuée, et le lien pour télécharger cette mise à jour.

Sur mon téléphone, j’utilise deux applications. F-Droid permet d’installer et mettre à jour des applications open source. La plupart de mes besoins numériques trouvent réponse dans une application de F-Droid.

Pour les applications qui ne seraient pas sur F-Droid (Deezer et Whatsapp principalement), j’utilise Aurora Store, une application qui permet d’installer des applications depuis Google Store sans compte Google et sans laisser de traces reliée à mon portable. Une autre alternative est d’installer manuellement les fichiers .apk depuis des sites internet tels que apk-pure mais les mises à jour ne seront pas centralisées à un seul endroit et on n’est pas toujours sûr-es de la sécurité des fichiers ainsi installés.

 

🧭 Pour me diriger sur la route

J’ai un sens d’orientation nul, et je ne voulais pas utiliser de cartes routière physiques, compliqué quand on est seule sur la route. J’utilisais donc l’application OsmAnd comme GPS. Cette application a l’avantage, en plus d’être open source et collaborative, de s’utiliser hors-ligne. Je téléchargeais en avance les cartes dont j’avais besoin et je n’étais plus contrainte par mes données ou les coins paumés sans réseau que je traversais.

La plupart des adresses et point d’intérêts y sont répertoriés, mais le moteur de recherche intégré n’est parfois pas suffisamment pertinent. Si je ne trouvais pas l’adresse que je cherchais, je réactivais pour quelques secondes mes données, cherchais sur le site de Google Maps, copiais l’url ainsi trouvée dans l’application OsmAnd et celle-ci me proposais directement les coordonnées GPS associées.

Pour trouver des endroits où dormir, j’utilisais majoritairement Park4night depuis leur site Internet. Ce n’est pas open source mais particulièrement pratique pour trouver un endroit sympa et gratuit pour passer une nuit. Sinon, je regardais les parkings ou lieux de stationnements près de l’eau (souvent des endroit naturels agréables) depuis OSM, les camping ou les aires de camping-car. OSM indique également les toilettes publiques, robinets accessibles ou cimetières (très utiles pour récupérer de l’eau potable).

J’ai aussi simplement appris à me promener à l’intuition, demander aux locaux, me perdre dans des villages et des coins paumés, accepter de prendre du temps pour trouver ce que je cherche et accepter de finir par trouver autre chose…

 

📝 Pour travailler

Pendant ces deux mois, mon travail principal était le projet : faire des recherches, contacter les personnes que je voulais rencontrer, retranscrire nos discussions, rédiger les articles et les poster.

Pour faire mes recherches, j’utilisais DuckduckGo, un navigateur internet sécurisé avec pas mal de fonctionnalités pour limiter les traces laissées sur Internet qui, comme n’importe quel autre navigateur me permettait de me renseigner sur tel ou tel sujet, d’accéder à tel document en libre accès ou visiter le site internet de telle personne qu’on m’avait recommandée.

J’ai aussi beaucoup utilisé LinkedIn pour communiquer sur le projet, me tenir informée de l’actualité ou contacter les personnes susceptibles de m’aider. C’est malheureusement ce qui fonctionnait le mieux…

Mais j’ai aussi simplement envoyé des mails. C’est l’outil que j’utilise pour faire valider mes articles rédigés aux personnes interrogées. J’ai une adresse mail hébergée chez Infomaniak, un hébergeur en Suisse qui se veut le plus écologique possible, cela me permet aussi d’avoir mon nom de domaine, “numerique-essentiel.fr”, autant pour mon site que mon adresse mail, et ça claque un peu, quand même. Pour consulter mes mails, j’utilise l’application K9-Mail sur mon téléphone et Mozilla Thunderbird sur mon ordi. Les deux me permettent de connecter aussi toutes mes adresses à un seul endroit.

Le site Internet que vous lisez est, lui aussi, hébergé chez Infomaniak. Il a été imaginé et développé avec mes petites mains et le framework ultra-léger Hugo. C’est un site statique, conçu pour être le plus sobre et robuste possible, tout en étant facile à mettre à jour et sur lequel je puisse travailler sans avoir besoin de connexion Internet.

Pour prendre des notes et rédiger le brouillon de mes articles, j’utilise Obsidian sur mon ordinateur. Je suis assez fan de cet outil (même s’il n’est pas open source…) : son interface est ultra fluide, avec les liens entre les notes, les nombreuses extensions possibles et surtout le fait que ce soit du markdown, en local (donc sans besoin de connexion Internet). Sur mon téléphone, j’ai une application open source qui s’appelle Notally, hyper simple et largement suffisante pour ce dont j’ai besoin. J’ai aussi des carnets, beaucoup de carnets, pour tout et n’importe quoi, et pleins de crayons (je reste une artiste, quand même). En général, pour prendre mes notes pendant les discussions, c’est donc ce support que j’utilisais. J’utilisais aussi un vieux Zoom H2 pour enregistrer la discussion et pouvoir la réécouter lors de l’écriture de mes articles.

 

💬 Pour la vie sociale

Bien que j’aie rencontré beaucoup de personnes pendant le voyage (c’est aussi l’avantage de ce genre de projet), que j’aie revu pas mal d’amis et de famille disséminés un peu partout en France, j’avais quand même besoin de communiquer.

En majorité j’utilise des systèmes standards : les SMS et les appels téléphoniques. Ca a le mérite de marcher de (presque) partout, sans besoin de wifi ou 4G, ça consomme peu, c’est bien réfléchi, bref.

J’utilise aussi des messageries instantanées, notamment pour discuter en groupe ou faire des visios. Principalement Signal pour la famille et les ami-es qui l’ont. Pour le reste, Whatsapp, qui est l’une de mes uniques exceptions à ma règle “Que du open source”. J’ai aussi fait quelques visios avec Jitsi Meet.

 

🧩 Pour me détendre et m’instruire

Il reste un besoin essentiel : celui de me détendre. Bien sûr, j’avais embarqué ce qu’il faut de livres (j’en ai récupéré et redéposé au passage dans des boîtes à livres), de quoi dessiner, peindre, et j’ai traversé suffisamment de nouveaux endroits pour m’occuper en balades, rencontres, musées et monuments. Le numérique a aussi été une source de détente et de savoir.

Deuxième exception à ma règle, Deezer a rythmé mes conduites et sa simplicité d’utilisation couplé à son choix énorme de musiques en faisait un incontournable. Pour les Podcast, mon père m’a conseillé AntennaPod, que je recommande à mon tour : on a accès à tous les podcast accessibles sur les autres plateformes, avec la possibilité de les télécharger pour les écouter hors-ligne.

J’ai regardé peu de vidéo, séries, films, etc. Déjà parce que ça consomme souvent beaucoup, ensuite et surtout parce que je n’en ai pas éprouvé l’envie outre-mesure. Quand j’en avais besoin, j’utilisais soit l’application NewPipe sur téléphone, soit FreeTube sur ordinateur, toutes deux sont open source, privées, et me permettent de regarder à la fois des vidéos de YouTube et de d’autres plateformes, principalement PeerTube. J’avais aussi emmené un disque dur externe avec des films et vidéos pour pouvoir les visionner en local, sans besoin d’être connectée à Internet.

 

Le bilan de ces 2 mois

De ces quelques semaines est sorti une première ébauche de réponse à “qu’est-ce qu’un numérique essentiel”. On retrouve ces réponses dans les articles, en filigrane des discussions et découvertes. C’est un sujet que je compte continuer à approfondir, tant sur ce site Internet que dans mes futurs projets scolaires et professionnels.

Le monde du numérique responsable est à la fois petit et extrêmement diversifié. Cette diversité est une force : cela rend ces systèmes plus robustes car adaptables, il y a cependant un besoin de créer des passerelles, faire plus de liens entre tous les acteurs et actrices. Il y a aussi un grand enjeu d’accessibilité de ces systèmes : quand je discute avec des non-geeks, on m’explique souvent que “le numérique responsable (encore faut-il qu’il et elle connaisse le terme) c’est bien, mais, franchement, je ne m’en sens pas capable”. Pour réellement changer le monde du numérique en plus vertueux, il faut que ça devienne une évidence d’utiliser des outils, ce qui passe par cette accessibilité mais aussi un changement d’imaginaires collectifs : ce sera le sujet de mon mémoire.

Toutes ces recherches m’ont convaincue d’une chose : il est grand temps d’agir pour un numérique acceptable ! Cette première exploration va me servir de base pour mon mémoire et mon projet de fin d’études, au média design lab de L’école de design de Nantes. Ce diplôme se fait en alternance, et j’ai la chance d’avoir rejoint Latitudes, une association qui forme aux enjeux du numérique. Et bien sûr, le projet n’est pas fini, il continue à travers de nouvelles rencontres, des tests, et des articles sur des sujets qui me passionnent.

Allez, au travail !